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 Klime et chatiments

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Ilamaï(Ryusei)
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MessageSujet: Klime et chatiments   Sam 23 Mai - 18:01

J'ai rencontré Emilk à son arrivée sur Frigost. À l'époque, je n'étais encore qu'une cordonnière novice, mais j'avais déjà quelques idées avant-gardistes. J'avais par exemple créé une paire de bottes percées de trous, pour limiter la transpiration des pieds des Sadidas. Moi slogan était simple : "Bétox, la bottine qui respire".
En tant que maître-cordonnier, Emilk s'est tout de suite intéressé à mon travail... ainsi qu'à ma personne ! On a sympathisé et, comme il venait de débarquer et qu'il n'avais pas encore d'endroit où loger, je l'ai invité chez moi pour la nuit. La nuit s'est transformée en semaines, les semaines et mois et puis, un jour, nous nous sommes mariés. J'avais enfin trouvé chaussure à mon pied !

Je ne connaissais rien de lui, mais peu importait. Nos journées n'étaient que successions de joies et d'expériences nouvelles. On s'échangeait nos ceintures, on travaillait nos cuirs respectif, on prenait chacun notre pied pour enfiler les créations de l'autre...
Parfois, quand il était débordé, je cirais avec amour ses magnifiques bourses en peau avant de les exposer fièrement dans la vitrine. Notre petit commerce était fleurissant et bientôt notre réputation ne tarda pas à dépasser les frontières de Frigost...

Un soir alors qu'Emilk était sorti ravitailler notre stock de cuir de Boufton, un inconnu s'est présenté à la boutique. Son visage était couvert par une large capuche et il parlait avec un fort accent amaknéen. Il a passé en revue nos différents articles et s'est particulièrement intéressé aux bottes confectionnées par mon époux. Il m'a alors posé des questions sur Emilk, sur son travail sur son passé...
Je trouvais ça étrange mais je n'avais rien à cacher. Au bout de quelques minutes, mon mari est revenu les bras chargés de cuirs fraîchement tannés. Dès qu'il a aperçu l'inconnu, il s'est figé de stupeur et a laissé tomber sa cargaison. Les deux hommes se sont fixés dans les yeux un court instant, puis ils se sont jetés l'un sur l'autre avec violence. C'était fou ! Je n'avais encore jamais vu personne se battre de cette manière. Les coups de pied fusaient, les crocs-en-jambe s'enchaînaient et les talonnades talonnaient. On aurait dit qu'ils pratiquaient une sorte de danse dont le but était de retourner l'adversaire pour lui botter les fesses.

Tout à coup, l'inconnu à exécuté une formidable arabesque piquée qui a envoyé Emilk à terre. Mais alors qu'il s'apprêtait à donner le coup de grâce à mon mari, celui-ci a sorti sa botte secrète. C'était une botte en cuir munie d'un talon de plomb qu'il gardait sous le coude. Il s'est redressé en un éclair et a abattu son instrument de mort sur le crâne de l'inconnu. Trop horrifiée pour réfléchir ou protester, je l'ai aidé à jeter le corps à la mer. Mais je n'ai pas tardé à retrouver mes esprits ! Qui était cet inconnu que nous venions de donner en pâture aux Pichons ? Et que nous voulait-il ? Dans quelle sale affaire Emilk s'était-il fourré ? Qui était vraiment l'homme que j'avais épousé ?

"Je ne suis pas celui que tu crois, m'a-t-il dit. Mon véritable nom est Klime. Et l'homme que tu as vu... Que j'ai tué... C'était Arthur Luthuthu. Nous appartenions tous les deux à une confrérie de cordonniers. Une confrérie discrète, spécialisée dans les arts martiaux et la sauvegarde du monde.
Mais commençons par le commencement : Notre Grand Maître, Hogmeiser, a fondé l'Ordre du Cul Botté il y a une dizaine d'années environ. C'est luiqui nous a recruté, Arthur Luthuthu, Bowisse et moi. Au commencement nous étions donc quatre, comme les Éléments sacrés. Ça n'était pas anodin : nous nous étions justement donné pour mission d'étudier les propriétés de la Brise Quadramentale. Nous menions tout un tas d'expérience sur les cuirs et les peaux, afin d'en sublimer les vertus et créer des objets magiques très puissants. Nous étions tous très doués, mais j'étais sans conteste le meilleur de nous quatre ! Alors forcément, les autres ont fini par être jaloux de mon talent...

Un jour, je suis parvenu à créer une paire de bottes surpuissantes, gorgées de magie élémentale. C'était l'aboutissement de tout mes travaux. J'étais si fier que je me suis empressé d'en confectionner d'autres exemplaire et de les mettre en vente. Mais quand les membres de l'Ordre l'ont appris, ils ont tout de suite protesté. Ils disaient que ces bottes étaient bien trop puissantes pour être distribuées au commun des mortels. Qu'entre de mauvaises mains, elles pourraient devenir très dangereuses ! Pff ! Foutaises ! Ils étaient jaloux, oui ! Je n'étais pas dupe !

Quand ils ont parlé de récupérer les bottes que j'avais vendues, j'étais prêt à tout pour les en empêcher ! ils voulaient les détruire et les remplacer discrètement par des copies inoffensives : Je ne pouvais pas l'accepter ! C'était mon œuvre ! La plus grande réussite de ma carrière ! Et je voulais que le monde entier sache quel artisan hors pair j'étais ! Voyant que je risquais de contrecarrer ses plans, Hogmeiser a décidé de prendre des mesures "préventives". Il a ordonné qu'on m'enferme dans les sous-sols de notre atelier, afin de me faire taire. Pendant ce temps, les membres de l'Ordre pouvaient tranquillement subtiliser les bottes vendues et les remplacer.

J'ai appris plus tard qu'ils avaient carrément rayé mon nom de l'Ordre et effacé toute trace de mon passage. Ils avaient été raconter à qui voulait l'entendre que les bottes étaient "défectueuses" et que la faute en était à un cordonnier du nom de Lee Chainedascenceur, ou quelque chose comme ça. Pire encore, il avaient même été jusqu'à mettre en scène ma propre mort, au cas où des curieux se demanderaient ce que j'étais devenu. Comme s'ils ne m'avaient pas assez ridiculisé comme ça, il avaient simulé une grotesque histoire d'accident avec une gelée. Ah ça, l'Ordre avait toujours été expert en mystifications ! Je ne compte plus le nombre de fois où nous avons falsifié nos dates de naissance ou nos identités !

Mais je n'allais pas me laisser enterrer aussi facilement ! J'avais gardé une paire de bottes que j'avais dissimulée à quelques pas de la cordonnerie. Il ne me restait plus qu'à trouver un moyen de m'échapper pour les récupérer. Heureusement, Bowisse, qui m'avait attaché, n'avait pas pensé à regarder sous ma ceinturer. C'est à cet endroit que je rangeais mon instrument. Mon coupe-cuir ! Grâce à lui, j'ai pu trancher mes liens et me faire la malle. J'ai retrouvé mes précieuses bottes là où je les avait laissées et je me suis fait discret pendant quelques temps. Mais je n'oubliais pas qu'Hogmeiser et moi avions une affaire à régler ! Il m'avait fait enfermer ! Il m'avait fait passer pour mort ! Il m'avait volé ma vie ! C'était à mon tour de lui voler la sienne !

Un jour, je l'ai suivi dans l'une de ses parties de chasse. Il allait souvent traquer le Bouftou pour se ravitailler en cuir. J'ai attendu qu'il ait le dos tourné, occupé à nettoyer la bave de Boufton qu'il avait sur les semelles, et paf ! Je l'ai éliminé d'un grand coup de bottes dans les coudes ! Pour ne pas éveiller les soupçons, j'ai traîné son corps au milieu des ruminants et j'ai laissé les Chefs de Guerre faire le reste. Le crime était presque parfait ! Ma vengeance achevée, plus rien ne me retenait en Amakna. J'ai donc décidé de partir pour une contrée lointaine, où les derniers membres de l'Ordre ne penseraient pas à venir me chercher : Frigost. C'est à ce moment-là que je t'ai connue. La suite, tu la connais déjà. Bowisse a dû prendre la relève en absence d'Hogmeiser et il a certainement envoyé Arthur à ma recherche. Mais toute menace est écartée à présent..."

Quand Emilk... euh Klime, je veux dire, eut fini son histoire, j'étais bouleversée. Celui que j'avais aimé et chéri était un traître. Un meurtrier. Un fugitif ! Et moi qui n'aspirais qu'à une petite vie tranquille et sans embrouilles ! Je ne pouvais me résoudre à rester avec ce monstre ! Je suis restée impassible. J'ai fait comme si je le comprenais, comme si je le soutenais. Mais à l'intérieur, j'étais horrifiée. J'ai attendu qu'il s'endorme, j'ai attrapé une de ses bourses et j'ai fait mes bagages en vitesse. Puis, j'ai filé. Je me suis cachée quelque temps chez ma tante et, après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, j'ai décidé de quitter Frigost.
À l'heure où j'écris ces lignes, je me prépare à embarquer pour Amakna. Je n'ai pas vu Klime depuis cette fameuse nuit, il y a quelques semaines de cela. Aux dernières nouvelles, il aurait été approché par le Comte Harebourg, ce notable qui vit en haut du mont Torrideau. Celui-ci l'aurait apparemment recruté pour travailler sur un projet spécial. Je n'en sais pas plus. Et je ne veux pas savoir.

Je quitte Frigost et c'est très bien comme ça.

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Ce que l'on voit n'est pas forcément ce qu'il se passe réellement





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